La cristallerie de Vonêche
Un peu d'histoire
Il est des pans de notre histoire locale qui méritent d'être redécouverts. La Cristallerie de Vonêche en est sans doute l'un des plus brillants — au sens propre comme au figuré.
Récemment, l'Office du Tourisme de Beauraing, la Ville de Beauraing, le Centre culturel de Beauraing, l’asbl Art Research Institute ont organisé une prestigieuse exposition permettant de plonger dans l'épopée de l'une des manufactures de cristal les plus prestigieuses d'Europe au début du XIXᵉ siècle.
Un site d'exception, un destin européen1
Au tournant du XIXᵉ siècle, Vonêche n'était pas un simple village namurois : c'était un centre verrier de réputation continentale. En 1810, la cristallerie fondée par Aimé-Gabriel D'Artigues employait plus de 650 ouvriers et figurait parmi les plus grands établissements de tout le continent européen.
Chimiste de formation, D'Artigues avait racheté la verrerie en 1802, à l'âge de 29 ans seulement, fort de son expérience à la tête des Cristalleries Saint-Louis en Alsace. Il y introduisit des innovations techniques décisives, dont la mise au point d'un procédé de transformation du plomb en minium — ingrédient clé d'un cristal d'une pureté exceptionnelle.
Toute une économie locale gravitait autour de cet établissement : le sable venait de Javingue, la chaux était produite sur place, le plomb arrivait de Vedrin et d'Aix-la-Chapelle, et le bois de chauffe était fourni par les forêts de Mirwart, Beauraing, Wellin et alentours. Souffleurs, tailleurs de verre, tiseurs, voituriers, maréchaux… des centaines d'hommes et de femmes — et malheureusement aussi d'enfants — faisaient vivre cette industrie au quotidien.
La chute de l'Empire napoléonien en 1815 rebattit les cartes. Intégrée aux Pays-Bas, la Province de Namur se trouva brutalement coupée du marché français . Confronté à une nouvelle règlementation et à une concurrence accrue, D'Artigues réagit en faisant l'acquisition de la verrerie de Baccarat en Lorraine, qu'il rebaptisa « Verrerie de Vonêche à Baccarat ». avec l’autorisation du roi Louis XVIII, il put ainsi continuer de desservir sa clientèle française.
La cristallerie de Vonêche poursuivit son activité sous la direction de François Kemlin et Auguste Lelièvre, deux collaborateurs de D'Artigues.
François Kemlin et Auguste Lelièvre quittèrent Vonêche en 1825 et fondèrent le Val-Saint-Lambert en 1826, entrainant avec eux plus de 200 ouvriers. Par la suite, la Révolution de 1830 isola à nouveau l'établissement des marchés extérieurs.…
L'abbé de Vonêche, Claude Kinet, consignera dans ses notes ce souvenir de D'Artigues: « Avant de quitter Vonêche, il avait largement contribué à la construction de notre nouvelle église, souvenir monumental de générosité […] Toujours, tous les genres d’infortune avaient trouvé chez lui un père consolateur. Il avait aussi créé des pensions viagères […]2
Sources:
[1] Jacques Toussaint, Bicentenaire de la cristallerie de Vonêche 1802-2002, Namur, Musée des Arts anciens du Namurois – Société archéologique de Namur, 2002.
[2]Claude Kinet (abbé), Notice historique sur Vonêche, [s.d.], Archives de l'État à Namur (A.É.N., Archives ecclésiastiques, n° 25623).
Trois publications, disponibles à l'Office du Tourisme de Beauraing, vous permettront d'en savoir davantage:
- J. Toussaint, Vonêche. Une cristallerie au coeur de l’Europe, 296 pages, 21 x 29,7 cm, 690 illustrations coul. et n/bl., cousu collé fil de lin, couverture souple : 40 € ou version cartonnée de luxe : 50 € (+ 12 € de frais de port pour le Belgique). Conditionné sous film plastique.
- J. Toussaint, Vonêche. Une cristallerie au coeur de l’Europe. Guide du visiteur, 48 pages, 14,8 x 21 cm : 10 € (+ 5 € frais de port pour la Belgique).
- Ch. Van den Steen et M. Desmet, Vonêche toujours vivant. Fantaisie cristalline, 48 pages, 11
Informations : M. Jacques Toussaint, Conservateur des collections du patrimoine verrier de la Ville de Beauraing |[email protected] - 0495 50 43 62
