Ce dimanche 3 mai 2009, nous célébrions le 64ème anniversaire de la fin de la guerre 1940-45 et de la libération des camps de prisonniers de guerre et politiques.
Récit d'un historien : Monsieur A. Philippe.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Tout d’abord, merci à Monsieur J-C Maene, notre Bourgmestre, pour lequel j’ai beaucoup d’estime, de me donner la parole à l’occasion de cette journée mémorable.
Vous me comprendrez si je vous dis que 1945 me rappelle tant de choses. Mais aujourd’hui, je voudrais vous confier ce que nos militaires, qui ont été parqués dans des Stalags et des Oflags du Grand Reich après avoir été fait prisonniers, avaient en commun avec les prisonniers politiques. Eh bien oui c’était l’appréhension de la mort.
En effet, en première ligne, c’était là, face à l’ennemi, que le sort de chacun allait se décider. La longue attente de l’ordre d’attaquer qui minait le système nerveux des soldats leur faisait vivre un authentique calvaire comme cela m’a été révélé.
Ils vivaient malgré tout dans l’espoir que les projectiles ou les schrapnells qui fusaient de partout ne les atteignent qu’à l’épaule ou à la jambe pour avoir une chance de survivre. Cependant, on le sait, des milliers d’entre eux ne sont pas revenus du front, en somme, de cet enfer qu’est la guerre.
Nous nous sommes réjouis quand la guerre a pris fin et nous rappelons ce souvenir aujourd’hui encore mais, voyez-vous les morts ne renaissent pas à la vie. Ils nous ont quitté et ce, pour toujours. On touche là ce qu’est l’infini. C’est impressionnant, n’est-ce pas, de ne pas pouvoir revenir en arrière. On voudrait tant parfois, surtout quand on prend de l’âge, revoir celui-ci ou celui-là !
Pensons aussi à la misère et aux situations désespérées auxquelles les épouses de nos martyrs ont dû faire face toute seules après avoir vécu, jour après jour, dans l’angoisse d’apprendre que l’irréparable avait été accompli.
Les prisonniers politiques, c’est-à-dire tous ceux qui ont été appréhendés par l’autorité allemande pour s’être dressées ; d’une manière ou d’une autre contre elle, avec ou sans armes, étaient jugés en principe par un Conseil de guerre et, selon la gravité de leurs actes devaient purger leur peine soit dans des prisons, ce qui a été mon cas, soit dans des camps de concentration ou d’extermination ce qui fut le cas des condamnés à mort et à perpétuité ou de ceux dont la culpabilité n’avait pu être établie formellement par la sécurité allemande autrement dit les N.N.
Dans les camps d’extermination, la vie des prisonniers était en péril à chaque instant. La souffrance, la torture, la faim, la maladie, les plaies qui s’infectaient, l’odeur des cadavres qui se consumaient dans les fours crématoires, étaient leur pain quotidien. Oui, la peur de mourir terrorisait tous ces malheureux. La plupart d’entre eux avaient même perdu tout espoir et souhaitaient mourir au plus tôt pour mettre un point final à leurs souffrances.
Les autres prisonniers politiques destinés aux geôles allemandes étaient en général soumis au travail forcé dans des usines qui alimentaient en matériel l’armée et l’aviation allemandes. Mais ici, non ne pratiquait pas la torture. On vous encourageait par des « Los, los, los, Arbeiten, Arbeiten ».
Malgré tout, la peur, je vous le confirme ici, nous tenaillait sans relâche, en prison ou sur le lieu de travail.
Il faut savoir que les prisons étaient flanquées d’usines de tout genre qui devaient fabriquer du matériel de guerre.
Malheureusement, ces fabriques étaient connues des Alliés et étaient sans cesse prises de mire par leurs bombardiers. C’était effrayant surtout quand les usines étaient détruites au moyen de bombes au phosphore et que le châssis de la petite fenêtre de nos cellules situées au 3ème étage de la prison de Wehlheyden était projeté contre la porte et que le sol se couvrait d’une mousse blanche gluante. Oui, nous avions peur de mourir !
A Kassel où nous devions participer à la reconstruction d’une fabrique de moteurs électriques, survint un jour une « Gross Alarm ». Nos gardiens emmenèrent notre équipe dans un boyau creusé dans une butte en forme de cuberdon qui devait servir d’abri anti-aérien autrement dit un Bunker.
Il y en avait là déjà une foule de civils. Le bombardement fut épouvantable. Quand soudain, un choc violent fit trembler la butte. Un bruit de forage qui s’intensifiait de seconde en seconde nous parvint du toit de la galerie pour cesser brusquement. Oui nous avons eu peur de mourir surtout quand l’équipe de déminage, composée de certains de nos camarades, nous fit part de leur découverte : une bombe non explosée s’était immobilisée à environ deux mètres du plafond de la galerie. Cela vous glace le sang dans les veines, croyez-moi !
Aujourd’hui encore je me demande comment j’ai pu échapper à la grande faucheuse toujours aux aguets en ce temps-là. Bien sûr, elle est aux aguets aujourd’hui encore mais elle est un tantinet moins antipathique.
Enfin, souhaitons que les luttes entre peuples n’aient jamais plus lieu et que les générations présentes et futures puissent vivre dans la concorde et le respect mutuel et ce, à jamais. Ce n’est pas tellement difficile, il suffit de vouloir aller vers l’autre avec une certaine ouverture d’esprit et tant de bonne volonté à revoir ses propres idées.
Je vous remercie vivement d’avoir eu la patience de m’écouter.
A. Philippe

